L’autisme : un trouble envahissant du développement

L’autisme est défini aujourd’hui comme un trouble envahissant du développement qui apparaît généralement avant les 3 ans de l’enfant et qui regroupe des troubles de la communication, des troubles de la socialisation et des comportements répétitifs et restreints. Cet ensemble de 3 symptômes est aussi appelé « la triade autistique ».

Qu’appelle-t-on « trouble envahissant du développement » ?

On emploie fréquemment le mot « autisme » pour parler de Troubles Envahissant du Développement (TED). Le terme « Envahissant » employé ici signifie que plusieurs secteurs du développement sont touchés (interactions sociales, langage, comportement…). L’hétérogénéité des Troubles Envahissant du Développement est déterminée par la sévérité des symptômes, leur âge d’apparition et leur mode d’évolution, les troubles associés, l’existante ou non d’un retard mental… L’autisme est la forme la plus typique et la plus complète de TED. Les TED sont un ensemble de troubles caractérisés par :

  • Une altération qualitative de la communication verbale et non verbale
  • Une altération qualitative des interactions sociales
  • Le caractère restreint, répétitif et stéréotypé du comportement, des activités et des intérêts

Ils regroupent des situations cliniques très diverses, précisées sous forme de 8 catégories dans la Classification Internationales des Maladies (CIM-10). Selon les recommandations de bonnes pratiques professionnelles, la CIM-10 est la classification médicale de référence. Cette hétérogénéité clinique, entraînant des situations de handicap diverses, se retrouve dans les autres classifications médicales, notamment dans le DSM-5. Dans cette classification américaine plus récente, non encore traduite en français, la conception dimensionnelle prévaut sur la conception catégorielle et le terme de TED est remplacé par celui de Troubles du Spectre Autistique (TSA).

La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en 2010 un état des connaissances concernant l’Autisme et les autres TED et y explicite les choses ainsi : « Les Troubles envahissants du développement (TED) et les Troubles du spectre de l’autisme (TSA) recouvrent la même réalité clinique, les TED à partir d’une diversité des catégories, les TSA en rendant compte de cette diversité de façon dimensionnelle, selon un continuum clinique des troubles autistiques dans trois domaines (interaction sociale, communication, intérêts et activités stéréotypées) ».

Quelles sont les causes des TED ?

Il n’existe pas une cause unique identifiée de l’autisme, mais les recherches actuelles suggèrent une multiplicité de facteurs étiologiques avec une forte implication des facteurs génétiques. L’idée selon laquelle l’autisme trouverait son origine dans des troubles de la relation mère-enfant doit être maintenant totalement abandonnée (Autisme Europe. Les personnes atteintes d’autisme : Identification, Compréhension, Intervention). Le risque d’apparition de l’autisme ne dépend pas du niveau social ou éducatif de la famille ni de l’origine ethnique.

Les recherches sur les causes de l’autisme font appel à des spécialités scientifiques différentes et à des approches variées, sans doute complémentaires. Voici un bref aperçu des principaux courants de recherche :

L’abord neuropsychologique

Il cherche à comprendre le fonctionnement cognitif des personnes autistes. Trois modèles principaux ont été proposés et étudiés :

  • Un déficit des fonctions exécutives, c’est-à-dire de l’ensemble des capacités mentales qui permettent à une personne de gérer son comportement, d’initier une action, de la planifier et de l’organiser, d’être flexible face à une tâche.
  • Une « faiblesse de la cohérence centrale ». La cohérence centrale est la fonction qui permet de situer une information dans son contexte, d’extraire les informations significatives parmi l’ensemble des informations reçues, et de les hiérarchiser. Les personnes avec autisme privilégieraient le traitement du détail au détriment du tout, elles traiteraient préférentiellement les aspects perceptifs de l’environnement du fait d’une capacité moindre à accéder au sens.
  • Un déficit de la « théorie de l’esprit ». Il s’agit de la capacité d’un individu à attribuer des états mentaux à soi-même et à autrui. Cette capacité permet par exemple d’interpréter ou de prédire les comportements d’autrui à partir des désirs, croyances, intentions… que l’on peut prêter à l’autre. Elle permet de se représenter les situations sociales, de mentir, d’anticiper les conséquences de ses actes. Cette difficulté expliquerait en partie les troubles de la socialisation, de la communication et de l’imagination.

L’étude des particularités dans le traitement des perceptions

Selon Laurent Mottron, le déficit de base de l’autisme serait un traitement de la perception à un « bas niveau » : les personnes autistes traiteraient préférentiellement les perceptions dans leurs propriétés élémentaires, surtout dans les domaines visuel et auditif. D’autres auteurs proposent un déficit dans le traitement des informations complexes.

Les données neurobiologiques

Ces recherches se basent sur l’étude de la morphologie du cerveau, sur l’étude de son fonctionnement avec les nouvelles techniques d’imagerie, sur des mesures biologiques. Ces études ont permis de mettre en évidence des différences de morphologie du cerveau des personnes autistes, des différences dans leur cinétique développementale, des anomalies du traitement de l’information révélées par des anomalies dans l’activation des différentes zones et des différents circuits cérébraux, des anomalies biologiques significatives.

Les données génétiques

L’intervention de facteurs génétiques parmi les causes de l’autisme est maintenant reconnue. Il s’agirait d’une transmission multigénique complexe. De nombreux gènes ont été détectés à partir de l’étude des différences entre sujets atteints, sujets apparentés ou sujets sains (« gènes candidats » qui pourraient être impliqués dans l’autisme). Actuellement seules les anomalies sur les gènes q21-35 et le chromosome 17q ont été répliquées de manière significative. Les gènes de la neuroligine, la neurexine SHANK semblent aussi impliqués, affectant la fonction synaptique par dysrégulation de la synthèse protéique.

Les données psychanalytiques

Les particularités perceptives, sensorielles et motrices des personnes autistes entraineraient des troubles dans la constitution du psychisme, et notamment concernant la constitution de l’image du corps et des « enveloppes corporelles ». Ces difficultés induiraient des « accrochages sensoriels » et des débordements émotionnels eux-mêmes responsables de difficultés surajoutées dans le développement, l’investissement et l’organisation des perceptions sensorielles et de la cognition, et massivement dans la relation à soi, à l’autre et au monde. L’écoute clinique attentives des personnes avec autisme témoignerait de surcroît de souffrances psychiques considérables manifestées dans des séries d’angoisses très spécifiques et envahissantes.

Quelle est la prévalence des TED ?

La fréquence exacte de l’autisme est encore mal connue précisément ; elle est difficile à évaluer du fait de la diversité des situations cliniques et de l’étendue du spectre des TED. Les estimations actuelles se situent, de manière assez stable pour l’autisme typique de 1,7/1 000 à 4/1 000, et de 3 à 7/1 000 pour l’ensemble des troubles envahissants du développement (soit en France entre 200 000 et 400 000 personnes, tous âges confondus. Source : Recommandations pour la pratique professionnelle du diagnostic de l’autisme – Fédération française de psychiatrie, 2005). En 2009, la prévalence estimée des TED est de 3 à 7 pour 1000 personnes de moins de 20 ans, soit 1 pour 150. Pour l’autisme infantile, elle est de 2 pour 1000 personnes de moins de 20 ans. Les garçons sont 4 fois plus touchés que les filles.

Quels sont les troubles les plus fréquemment associés aux TED ?

  • les troubles du sommeil
  • les troubles psychiatriques
  • l’épilepsie
  • le retard mental
  • les syndromes génétiques
  • les déficits sensoriels

En France, c’est en 1996 suite à la loi Chossy (loi n°96-1076 du 11 décembre 1996) que l’autisme a été reconnu comme handicap.